Mars 2007 : Machines à voter

, popularité : 48%

De la démocratie (pouvoir au peuple) à la technocratie (pouvoir aux techniciens) ?

Châtenay-Malabry s’est doté de machines à voter.
La municipalité n’a pas jugé nécessaire de débattre de ce changement important, ni avec les habitants, ni en conseil municipal. Elle s’est contentée de montrer comment appuyer sur les bons boutons lors d’ex- hibitions de ces fabuleuses machines. Mais est-ce un réel progrès ? De plus en plus de voix s’élèvent, des chercheurs, des informaticiens, des universitaires, des élus -comme le Maire de Sceaux-, de simples citoyens, pour alerter sur le manque total de transparence du fonc- tionnement de ces machines (accès au code source verrouillé par les f a b r i c a n t s ) mais aussi de fiabilité, toute erreur ou fraude étant indétec- table. L’usage de ces ordinateurs de vote « rend le scrutin invérifiable, opaque et extrêmement sensible à la fraude »(*).

La démocratie s’est construite au long de l’histoire, le processus électoral s’est affiné au cours du temps. La façon de voter était jusqu’à maintenant d’une grande rigueur, à valeur d’exemple pour les jeunes -qui n’a pas emmené un enfant dans un bureau de vote ?- ainsi que pour les états nouvellement entrés en démocratie. Les bulletins de vote, l’urne transparente cadenassée, le comptage du dépouillement où tout est vérifié par recoupement entre le nombre d’enveloppes distribuées, le nombre de bulletins, d’émargements sous le regard d’élus et de simples citoyens. Avec ces machines, le citoyen est dépossédé de son vote et surtout de
tout contrôle sur les opérations du scrutin.
Aujourd’hui, la confiance envers le politique est entamée, l’inté- rêt pour la chose publique s’émousse, l’abstention est lourde ; il serait dangereux d’ajouter une méfiance vis à vis de l’honnête- té des élections. Ne bradons pas la démocratie aux mirages de la technologie !
(*) Revue « Science et Vie » de février 2007

Geneviève Colomer, Jean-Marc Charasz, Murielle Hardy